Impact des rumeurs et des crises

L'histoire de la vaccination ne se caractérise pas uniquement par sa capacité unique à réduire considérablement la mortalité (décès) et la morbidité (maladie et incapacité) dues aux infections évitables par la vaccination et l'éradication mondiale de la variole. Elle se caractérise également par l'émergence de sceptiques à l'égard des vaccins qui sont fermement convaincus que les vaccins sont nocifs et militent contre ces derniers. Cette opposition souvent très vive est un problème permanent pour les programmes de vaccination depuis leur apparition il y a plus de deux cents ans.

Exemple 1 : La « panique » des vaccins anticoquelucheux à germes entiers

De nombreux programmes de vaccination récents ont essuyé des revers dus à la peur de la vaccination. Des enfants ont été inutilement mis en danger suite à des « histoires effrayantes » sur certains vaccins qui ont inquiété les parents au point de refuser la vaccination pour leurs enfants.

Les graphiques illustrent l’impact des rumeurs sur le vaccin anticoquelucheux à germes entiers à partir des années 1960 dans quatre pays différents. Notez comment la couverture vaccinale affectée entraîne une hausse de l'incidence de la coqueluche.

Ces exemples illustrent également comment des croyances négatives sur un vaccin donné peuvent se propager dans le monde et faire en sorte que le public doute de son innocuité.

Incidence de la coqueluche dans les pays touchés par des mouvements actifs anti-vaccination

Exemple 2 : la controverse du vaccin ROR et de l'autisme
au Royaume-Uni

En 2008, 14 ans après l’interruption de la transmission locale de la rougeole au Royaume-Uni, la Health Protection Agency for England and Wales déclare que la maladie est redevenue endémique, c’est-à-dire qu’elle circule en permanence au sein de la population. Cela était dû à une faible couverture vaccinale par le vaccin ROR.

Burgess, Burgess and Leask54 (2006) ont analysé comment un rapport sur un hypothétique lien entre le vaccin antirougeoleux-antiourlien-antirubéoleux et l’autismeAutismeTrouble chronique du développement neural généralement diagnostiqué chez les enfants âgés de 18 à 30 mois. Les symptômes sont notamment des problèmes d'interaction sociale et de communication ainsi que des intérêts et activités répétitifs. Actuellement, la cause de l’autisme est inconnue. en 1998 est devenu un problème de santé publique majeur au Royaume-Uni. La plupart des spécialistes étaient surpris par son influence considérable sur l’opinion du public à l’égard du vaccin ROR. Une bonne communication avec les parents d’enfants autistes et le grand public qui pensaient que l’on cachait la vérité à propos du vaccin aurait été déterminante pour éviter la baisse de la couverture vaccinale.

1995 : la prise du vaccin ROR atteint un pic de 92 % de nourrissons admissibles. 1998 : des travaux de recherche prétendant qu'il existe un lien entre le ROR et l'autisme sont publiés par un groupe dirigé par Andrew Wakefield. 1999 : ces déclarations font l'objet d'une forte couverture médiatique et déclenchent une crise de confiance dans le vaccin, se traduisant par une nette baisse de son utilisation. 2000 : la confiance dans le vaccin continue à baisser. Des flambées de rougeole surviennent au Royaume-Uni et dans d'autres pays avec la baisse de la couverture par le ROR. 2001 : Tony Blair, Premier Ministre à l'époque, est soumis à une forte pression pour déclarer si son jeune fils Leo reçoit le vaccin ROR. Le refus de Blair de répondre à la question ne fait qu'accroître l'inquiétude du public. 2002 : la prise du vaccin continue de baisser. D'autres flambées de rougeole surviennent. 2003 : la prise du vaccin continue de baisser. 2004 : des données issues d'études à grande échelle commencent à prouver qu'il n'existe aucun lien causal entre l'autisme et le ROR, et la recherche de Wakefield est finalement déclarée sans fondement. Le public reprend confiance dans le vaccin.

Plus sur « l’Histoire du movement anti-vaccination »

College of Physicians of Philadelphia : The history of vaccines

Les conséquences néfastes pour la santé de rumeurs négatives ne se limitent pas aux pays à revenu élevé. Il existe de nombreux cas similaires partout dans le monde. Par exemple, en 2009, le décès d'un enfant de 7 ans à Taiwan suite à la vaccination contre la souche H1N1 du virus de la grippe a donné naissance aux rumeurs selon lesquelles le vaccin était responsable, ce qui a entraîné une baisse de 30 % du nombre d'enfants vaccinés.

Question

Selon vous, laquelle des affirmations suivantes est la principale cause d'une tolérance plus faible à l'égard des vaccins, les rendant plus sujets aux rumeurs négatives et « histoires effrayantes » que les médicaments ?

A. Les vaccins sont plus onéreux que de nombreux médicaments, d’où la tolérance plus faible de la part du public.
B. La tolérance du public à l’égard des réactions indésirables est moindre par rapport aux effets secondaires des médicaments car les vaccins sont administrés à des personnes en bonne santé.
C. Les parents qui consentent à vacciner leur enfant considèrent qu’un effet néfaste pouvant être lié à un vaccin est plus grave car il aurait pu être évité.
D. La sensibilisation du public à l’égard des maladies évitables par la vaccination dans les pays industrialisés est forte, ce qui entraîne un ressentiment vis-à-vis des vaccins.

Réponse

Les réponses B et C sont correctes.

Une réaction au vaccin ou une erreur de vaccination suppose qu’une personne en bonne santé a subi des effets néfastes suite à la vaccination. À l’inverse, les médicaments sont administrés à des personnes qui sont déjà malades, pour qu'elles aillent mieux. Du fait de cette différence, le public est nettement moins tolérant en ce qui concerne les réactions aux vaccins par rapport aux effets secondaires des médicaments.

Dans la plupart des cas, les bénéficiaires sont des bébés et de jeunes enfants qui ont été vaccinés avec le consentement de leurs parents : tout effet néfaste suivant une vaccination est considéré comme « évitable » par les parents car le vaccin aurait pu être refusé. Il y a nettement moins de tolérance pour les cas d’effets néfastes évitables que pour les événements indésirables qui ne pouvaient pas être évités.

En raison de la baisse des maladies infantiles dans les pays industrialisés, les menaces pour la santé et la vie que représentaient autrefois les maladies évitables par la vaccination (rougeole, poliomyélite, coqueluche, diphtérie et tétanos) sont faibles. La population n’étant plus exposée à ces maladies, les bénéfices de la vaccination sont désormais pris pour acquis.